Jésus Messie : Une Perspective Juive

Examen des Allégations Messianiques

Une exploration interactive de la perspective juive traditionnelle

Cadre Conceptuel : Qui est le Messie ?

Pour comprendre le dialogue, il est essentiel de saisir d'abord les attentes fondamentalement différentes concernant le Messie dans le judaïsme et le christianisme. Ces différences dans le rôle, la nature et la mission du Messie sont à la base des divergences d'interprétation des prophéties. Le tableau ci-dessous met en évidence ces distinctions clés.

Critère Perspective Juive Perspective Chrétienne
Nature du Messie Humain, un roi et leader politique descendant du Roi David. Divin, Fils de Dieu, une partie de la Trinité.
Mission Principale Instaurer une ère de paix mondiale, de justice, reconstruire le Temple et rassembler les exilés. Offrir le salut et l'expiation des péchés par son sacrifice et sa résurrection.
Relation avec la Loi (Torah) Renforce et amène le monde à une observance universelle de la Torah. Instaure une "Nouvelle Alliance", accomplissant et/ou abrogeant des parties de la loi mosaïque.
Nombre de venues Une seule venue pour accomplir définitivement sa mission. Le concept de "seconde venue" n'existe pas. Deux venues : la première pour le sacrifice, la seconde pour le jugement final et l'établissement de son royaume.

Comme l'explique le Rabbin Yitzchak Breitowitz, dans la théologie juive normative, "lorsque le Messie vient, il fera le travail ; il ne mourra pas puis ne reviendra pas." La non-réalisation de ces objectifs messianiques centraux par Jésus avant sa crucifixion est l'une des raisons pour lesquelles le christianisme a développé l'idée d'une seconde venue, un concept étranger aux attentes messianiques juives traditionnelles.

Points de Controverse Prophétique

De nombreux versets de la Bible hébraïque sont cités comme des preuves de la messianité de Jésus. Cependant, la tradition juive offre des interprétations alternatives, souvent plus anciennes, basées sur le langage, le contexte historique et le cadre théologique global. Cliquez sur chaque "allégation" ci-dessous pour explorer la réponse juive correspondante.

Allégation Chrétienne

Jésus est né d'une vierge, accomplissant la prophétie d'Isaïe selon laquelle une "vierge" (parthenos en grec) concevra et enfantera un fils.

Réponse Juive

Il s'agit d'une erreur de traduction. Le mot hébreu original est "alma" (עַלְמָה), qui signifie "jeune femme", et non "vierge" ("betulah"). La prophétie (Isaïe 7:14) était un signe immédiat pour le roi Achaz, se référant à une jeune femme de son époque, probablement pour la naissance du futur roi Ézéchias.

Distinction Lexicale Clé

alma (עַלְמָה)Jeune femme (statut marital non spécifié)
betulah (בְּתוּלָה)Vierge (explicitement)

Le Rabbin Tovia Singer réfute l'affirmation selon laquelle "alma" signifie toujours "vierge" dans la Bible hébraïque. Il souligne que le mot apparaît bien plus de sept fois et désigne toujours une "jeune femme". Il cite Proverbes 30:19 où "alma" décrit une femme mariée (adultère) qui, après un acte de fornication, peut simplement se "laver" sans laisser de trace physique, ce qui serait impossible pour une vierge ayant perdu sa virginité. L'auteur de l'Évangile de Matthieu a délibérément altéré le texte d'Isaïe 7:14 pour le faire apparaître comme une prophétie christologique (Matthieu 1:23).

De plus, même la traduction hébraïque du Nouveau Testament par le célèbre hébraïste chrétien Franz Delitzsch utilise "betulah" (vierge) là où le Nouveau Testament parle d'une vierge (par exemple, Luc 1:27), ce qui confirme la distinction linguistique. Enfin, le Rabbin Singer rappelle que la prophétie d'Isaïe 7:14 n'est pas sur la *conception* mais sur la *maturité* de l'enfant comme signe pour le roi Achaz concernant la guerre syro-éphraïmite (Isaïe 7:15-16), et que le nom "Emmanuel" (Dieu est avec nous) était un signe de salut pour le royaume de Juda, et non une référence au Messie.

Il met en garde contre la Septante, une traduction grecque de la Bible hébraïque souvent citée. La Septante originale ne concernait que les cinq livres de Moïse, et les versions ultérieures qui incluent le terme "parthenos" pour Isaïe 7:14 ne sont pas des produits juifs, mais proviennent d'auteurs chrétiens comme Origène, et ne sont donc pas fiables du point de vue de l'exégèse juive.

Allégation Chrétienne

Ce chapitre prophétise la souffrance, la mort et la résurrection d'un individu, le Messie, pour expier les péchés du monde. Cela correspond à la vie et à la passion de Jésus.

Réponse Juive

L'interprétation juive classique voit le "Serviteur Souffrant" non pas comme un individu, mais comme une métaphore du peuple juif (Israël). C'est la nation d'Israël qui a souffert à travers l'histoire au nom des péchés et de l'ignorance du monde, agissant comme un agent rédempteur collectif dans un processus mystérieux.

Le Rabbin Tovia Singer insiste sur l'importance de lire Isaïe 53 dans son *contexte*. Le chapitre commence en Isaïe 52:13 et est le quatrième d'une série de "chants du serviteur". Dans les chapitres précédents (notamment Isaïe 41:8-9, 44:1, 44:21, 45:4, 48:20, 49:3), le texte identifie à plusieurs reprises le serviteur comme "Mon serviteur Jacob" ou "Mon serviteur Israël".

De plus, le Rabbin Singer note que les "rois des nations" (les leaders non-juifs du monde) sont les narrateurs des versets 53:1-8. Ils sont choqués par la vérité qu'ils découvrent : la souffrance du peuple juif n'était pas due à leur propre iniquité, mais aux péchés des nations. La souffrance d'Israël a servi de catalyseur pour le repentir et la guérison du monde. Enfin, il souligne que les Bibles chrétiennes traduisent souvent incorrectement les pluriels hébreux en singulier dans Isaïe 53 (par exemple, Isaïe 53:8, "par la transgression de mon peuple, ils ont été frappés" en "il a été frappé"), afin de soutenir une interprétation individuelle.

Le Rabbin Singer souligne également que le mot "Messie" n'est pas présent dans Isaïe 53. Il explique que la section 52:13-53:12 se divise en trois parties distinctes : Dieu parle en 52:13-15, les nations non-juives parlent en 53:1-8 (exprimant leur choc et leur repentir face à la souffrance d'Israël qu'elles avaient mal interprétée), et Dieu reprend la parole en 53:9-12. La lecture d'Isaïe 53 hors de son contexte, sans les chapitres introductifs et sans identifier les différents narrateurs, conduit à des interprétations erronées.

Allégation Chrétienne

Jésus est né à Bethléem et est un héritier du trône de David par Joseph, accomplissant les prophéties.

Réponse Juive

La naissance à Bethléem (Michée 5:1) est une condition nécessaire mais pas suffisante. Plus important encore, dans le judaïsme, la lignée tribale et royale se transmet exclusivement par le père (patrilinéaire). Si Joseph n'est pas le père biologique de Jésus (doctrine de la naissance virginale), alors la lignée davidique est rompue du point de vue juif, ce qui constitue une disqualification fondamentale.

Le Rabbin Gutman Locks souligne qu'un Messie doit être un homme juif de la tribu de Juda (Genèse 49:10), descendant de David. Pour être de la tribu de Juda, il faut un père de la tribu de Juda (la mère doit être juive pour que l'individu soit juif, mais la lignée tribale se transmet par le père). Si, comme l'affirme la théologie chrétienne, le père de Jésus n'était pas humain ("un Saint Esprit"), alors il ne peut pas être de la tribu de Juda selon la halakha (loi juive). "Il n'y a pas de fantômes dans la tribu de Juda," affirme le rabbin Locks.

Allégation Chrétienne

Le livre de Daniel prédit que le Messie sera "retranché" (tué) avant la destruction du second Temple, ce qui correspond à la crucifixion de Jésus avant 70 ap. J.-C.

Réponse Juive

La tradition juive est l'opposé : le Messie vient *après* l'exil et la destruction pour reconstruire. Le livre de Daniel est notoirement obscur et a de multiples interprétations. Le terme "messie" (mashiach) signifie "oint" et peut se référer à un roi ou à un grand prêtre, pas nécessairement LE Messie. Le verset est souvent interprété comme décrivant la chute d'une figure ointe (comme le grand prêtre de l'époque) et la destruction de Jérusalem par les Romains.

Le Rabbin Tovia Singer apporte des précisions cruciales sur Daniel 9. Le point de départ du compte des "70 semaines" est la destruction du Premier Temple (Daniel 9:1-2). Daniel, priant en l'an un de Darius le Mède (après l'effondrement de Babylone, un demi-siècle après la destruction du Premier Temple par Nabuchodonosor), est en détresse car les Juifs ne sont pas encore revenus en terre d'Israël comme prophétisé par Jérémie (Jérémie 25:12 sur la destruction de Babylone vs. Jérémie 29:10 sur la restauration d'Israël).

L'ange Gabriel est envoyé pour corriger sa compréhension. Les 70 semaines (490 ans, où un jour équivaut à un an) mènent à des événements spécifiques (Daniel 9:24), dont la fin des transgressions et l'instauration d'une justice éternelle, ce qui ne s'est pas produit après la mort de Jésus. Le "Messie" oint qui donne l'ordre de restaurer et reconstruire Jérusalem et le Temple après 7 semaines (49 ans) est Cyrus le Grand (mentionné explicitement par nom en Isaïe 44:28 et 45:1). Le terme "Messie" (mashiach) dans la Tanakh signifie "oint" et se réfère 39 fois à des rois, prêtres, etc., jamais au Messie eschatologique.

Après 62 semaines supplémentaires, la période du Second Temple est marquée par des troubles. La "dernière semaine" (7 ans) est divisée en deux. Dans la dernière "demi-semaine" (3 ans et demi) avant la destruction du Temple en 70 ap. J.-C. (la Grande Guerre Juive, qui débute en 66 ap. J.-C.), le système sacrificiel cesse et la prêtrise est "retranchée". L'expression "un oint sera retranché" fait référence à la destruction de la prêtrise (pas un individu crucifié).

L'interprétation chrétienne de Daniel 9 pose des problèmes majeurs : si Jésus est crucifié vers 30 ap. J.-C., cela crée un écart de 40 ans (plus de cinq semaines) jusqu'à la destruction du Temple en 70 ap. J.-C., ce qui contredit la chronologie de la "dernière semaine". L'idée que cette "dernière semaine" est réservée pour la fin des temps est une invention postérieure au 1er siècle, forcée par les incohérences. Le Rabbin Singer encourage à toujours demander quand commence le compte et comment les six prophéties de Daniel 9:24 sont accomplies, ainsi que l'identité de l'oint qui ordonne la reconstruction, car les réponses juives classiques sont cohérentes avec le texte hébreu dans son contexte.

Allégation Chrétienne

Le nom "Jésus" dérive de "Yeshua" (hébreu) ou "Iesous" (grec), signifiant "salut" ou "Yahvé sauve". Ceci indique son rôle de sauveur prophétisé.

Réponse Juive

Le nom hébreu "Yehoshua" (יהושע), souvent translittéré en "Joshua" ou "Josué", est une forme plus complète du nom "Yeshua" (ישוע). Il signifie "l'Éternel sauve" ou "l'Éternel est salut". Bien que le nom porte une connotation de salut, il était un nom courant à l'époque biblique et post-biblique, notamment celui du successeur de Moïse (Josué, fils de Noun). Le fait qu'un individu porte ce nom ne constitue pas en soi une preuve de messianité divine.

Liel Eden souligne que de nombreuses personnes dans l'histoire juive ont porté ce nom. Si le nom "Yeshua" (salut) était un indicateur suffisant de messianité ou de divinité, de nombreux individus juifs auraient pu prétendre à ce statut. L'attribution d'un rôle de "sauveur" uniquement basé sur le nom ne correspond pas à la conception juive de la rédemption, qui est liée à des actions concrètes et à l'accomplissement de prophéties spécifiques par le Messie, et non à une simple étymologie du nom.

Liel Eden ajoute une analyse Midrashique sur le nom de Josué, souvent appelé "Yehoshua ben Nun" (Josué fils de Nun). Le mot araméen "nun" (נון) signifie "poisson". Selon un Midrash, Josué était un bébé abandonné dans le Nil et trouvé par un pêcheur dans un poisson. Ses parents étant inconnus, il fut désigné comme "Josué, fils du poisson" (Yehoshua ben Nun). Cette absence de filiation parentale est mise en parallèle avec Jésus, dont la lignée paternelle est disputée dans le christianisme. De plus, alors que Jésus est présenté comme n'ayant pas eu d'enfants, Josué est décrite comme ayant épousé Rahab (une femme ayant fait Techouva), ce qui est une autre distinction notable.

Josué était le successeur de Moïse et un leader juste qui a accompli des miracles (Josué 10:12-14). Bien qu'il ait été une figure de "sauveur" et le "candidat idéal" pour être le Messie, il n'a pas rempli tous les critères messianiques (par exemple, il n'a pas instauré l'ère messianique de paix universelle). Cette comparaison vise à montrer que même des figures bibliques puissantes et miraculeuses comme Josué ne sont pas considérées comme le Messie eschatologique, soulignant que la messianité ne dépend pas du nom ou de miracles isolés, mais de l'accomplissement de toutes les prophéties messianiques.

Le Pilier de la Torah Immuable et les Principes Fondamentaux

Au-delà de l'interprétation de versets spécifiques, les objections du judaïsme à la messianité de Jésus résident dans des principes théologiques fondamentaux. Le Rabbin Yitzchak Breitowitz identifie trois problèmes majeurs qui sont au cœur de la divergence :

1. La Nature Infinie et Immatérielle de Dieu (Divinité et Trinité)

Le judaïsme maintient que Dieu est infini et non matériel. Le concept de réification ou de corporalisation de la divinité, c'est-à-dire que Dieu prendrait une forme humaine, est considéré comme une violation de ce principe fondamental. "Dieu n'a jamais et ne prendra jamais une forme humaine," ce qui est un obstacle théologique majeur à la doctrine chrétienne de l'incarnation et de la Trinité.

Liel Eden insiste sur ce point : Dieu n'est pas un homme ou une femme, et Il n'est pas une image que l'on peut se représenter ou à laquelle on peut s'identifier physiquement. Le Deutéronome 4:15-16 le dit clairement : "Veillez donc attentivement sur vos âmes, car vous n'avez vu aucune image le jour où l'Éternel vous parla à Horeb, du milieu du feu, de peur que vous ne vous corrompiez et ne vous fassiez une image taillée, une représentation quelconque, la figure d'un homme ou d'une femme." Adorer un être humain comme Dieu est considéré comme de l'idolâtrie et du blasphème dans le judaïsme, en contradiction directe avec le monothéisme absolu.

2. L'Absence de Seconde Venue Messianique

La littérature juive classique ne reconnaît pas la notion d'une seconde venue du Messie. Le Messie, une fois révélé, doit accomplir l'intégralité de sa mission : ramener les Juifs en Israël, reconstruire le Temple et établir une paix mondiale durable. La crucifixion de Jésus avant l'accomplissement de ces objectifs a conduit le christianisme à développer l'idée d'un retour futur pour achever sa mission, un concept qui est étranger à la théologie juive normative (voir aussi la section "Attentes Messianiques").

3. L'Abrogation de l'Alliance et de la Torah

Le point le plus important pour la théologie juive est la notion, présente dans le Nouveau Testament, que Dieu aurait abrogé Son alliance avec Israël et remplacé la Révélation sinaïtique par la "justification par la foi," une innovation attribuée à l'Apôtre Paul. Cette idée selon laquelle la rédemption s'obtient par la foi plutôt que par les œuvres est "absolument incompatible avec l'éternité de la Torah et la divinité de la Torah."

"Un principe central de la théologie juive est que la Torah donnée à Moïse (Exode 19-20) reste contraignante. L'idée que le Messie viendrait pour abroger l'alliance sinaïtique est une position inacceptable. Si l'enseignement central du christianisme est que l'alliance et les 613 mitzvot ne sont plus obligatoires, il s'agit d'une rupture fondamentale et irréconciliable avec la théologie juive."

Liel Eden développe ce point en expliquant que le judaïsme ne croit pas qu'il suffit de "croire" pour être sauvée. Pour les Juifs, le salut et le mérite du Monde à Venir (Olam HaBa) s'obtiennent par le service de Dieu, la poursuite de la justice et l'observance des commandements (Deutéronome 11:1, 6:1). Le concept que "la Torah est trop difficile à garder" et qu'elle a été abrogée est rejeté, car il contredit l'idée d'un Dieu parfait qui ne changerait pas d'avis. Dieu ne change pas d'avis (Malachie 3:6).

De plus, la Torah interdit explicitement d'ajouter ou de soustraire à ses commandements (Deutéronome 4:2, 13:1). L'introduction d'un "Nouveau Testament" est perçue comme une violation directe de cette interdiction, rendant la foi chrétienne incompatible avec les principes divins établis par le judaïsme.

Liel Eden souligne les multiples voies par lesquelles le judaïsme enseigne l'expiation des péchés sans la nécessité d'un sacrifice humain ou d'une simple croyance. Celles-ci incluent :

  • La prière sincère et la supplication pour le pardon (1 Rois 8:46-53, Nombres 14:19-20, Osée 14:3).
  • Le changement de comportement et le repentir (Techouva), qui est le moyen principal (Jérémie 36:3, Ézéchiel 18:21-23, Isaïe 1:16-18, Proverbes 28:13). Dieu désire notre changement plutôt que notre punition.
  • La confession des péchés (Psaume 32:5, 2 Samuel 12:13).
  • L'offrande de charité (Daniel 4:24, Exode 30:15, Nombres 31:50).
  • Le brisement du cœur et le remords sincère (Psaume 51:18-19).
  • Le jeûne, notamment le jour de Yom Kippour.

Ces pratiques, enracinées dans la Torah, offrent des chemins pour l'expiation qui mettent l'accent sur l'action individuelle, le repentir et la relation directe avec Dieu, sans l'intermédiaire d'un sacrifice messianique.

Cette conviction est un pilier de la foi, comme l'exprime le neuvième des 13 articles de foi de Maïmonide (Mishneh Torah, Hilchot Yesodei HaTorah 8:1-2) : "La Torah ne changera pas, et Dieu n'en donnera pas une autre." Même le Messie, selon Maïmonide, n'abrogerait ni ne remplacerait la Torah. Cette permanence de la Loi divine est un fondement inébranlable du judaïsme.

L'Alliance du Sinaï : Un Pacte Éternel

📖

Source Divine

Donnée par Dieu à Moïse

Permanence

Alliance éternelle et non-abrogable

📝

613 Mitzvot

Commandements qui guident la vie

Les 13 Principes de Foi du Rambam

Liel Eden explique que ces 13 principes, compilés par le Rambam (Maïmonide), représentent les croyances fondamentales qu'une Juive doit accepter pour être considérée comme fidèle et non hérétique. Ils constituent le cœur du système de croyances juif et offrent une compréhension profonde de la nature de Dieu et de Sa relation avec le monde.

  1. L'Existence d'un Créateur : Il faut croire en l'existence d'un Créateur unique et omnipotent qui est la source et la cause de toute existence.
  2. L'Unité Absolue de Dieu : Dieu est absolument Un et indivisible. Il n'y a aucune autre entité ou pouvoir en dehors de Lui, et tout est partie de cette Unité absolue.
  3. L'Absence de Corporeité en Dieu : Dieu n'a aucune forme physique, n'est pas un corps, ni ne peut être limité par l'imagination humaine ou les lois de la nature. Il est au-delà de toute conception matérielle. (Ceci renforce le point 1 de R. Breitowitz).
  4. L'Éternité de Dieu : Dieu est primordial et éternel. Rien n'a existé avant Lui, et rien n'existera après Lui. Il est au-delà du temps.
  5. L'Adoration exclusive de Dieu : Il est interdit d'adorer ou de donner du pouvoir à quoi que ce soit d'autre que le seul et unique Créateur. L'idolâtrie, au sens profond, est de donner de l'énergie de son âme à des choses étrangères à la sainteté divine.
  6. L'Existence de la Prophétie : Il faut croire que Dieu communique directement avec certains êtres humains exceptionnels (prophètes) qui atteignent des niveaux de conscience élevés pour recevoir Sa parole par des images, des rêves ou des signes.
  7. La Suprématie de Moïse : Moïse (Moché) est le plus grand de tous les prophètes. Sa révélation avec Dieu était directe ("face à face"), contrairement aux autres prophètes qui recevaient la prophétie par l'intermédiaire d'anges ou de rêves, et il pouvait la recevoir à tout moment sans être affecté physiquement.
  8. L'Origine Divine de la Torah : La Torah (Loi écrite et Loi orale) est entièrement divine, donnée par Dieu Lui-même. Elle n'est pas une création humaine. La croyance en sa divinité implique l'obligation de l'observer. (Ceci complète et renforce la section sur l'Alliance du Sinaï).
  9. L'Immuabilité de la Torah : La Torah est éternelle et ne changera jamais. Dieu ne la modifiera pas et n'en donnera pas une autre. Croire le contraire impliquerait une imperfection en Dieu, ce qui est inacceptable. (Ceci est le point central du troisième problème soulevé par R. Breitowitz).
  10. La Providence Divine : Dieu supervise et est présent dans chaque détail de la création et de la vie humaine. Rien n'échappe à Sa conscience. Cela implique une conscience constante de Sa présence et une responsabilité de nos actions.
  11. La Récompense et la Conséquence : Le monde est créé sur la base de la justice divine : les bonnes actions sont récompensées et les mauvaises actions ont des conséquences. Bien que ce monde soit temporaire, la justice divine se manifeste ultimement.
  12. La Venue du Messie : Il faut croire en la venue future du Machia'h (Messie juif) et en l'ère messianique. Ce Messie sera un être humain envoyé par Dieu pour guider le monde vers la rédemption, rétablir la royauté en Israël, rassembler les exilés, éradiquer le mal et instaurer une paix mondiale utopique. Il ne sera pas Dieu. (Ceci renforce le point 2 de R. Breitowitz et la section "Attentes Messianiques").
  13. La Résurrection des Morts : Il faut croire en la résurrection des morts à la fin des temps. Les âmes reviendront à leurs corps, et il y aura une union complète entre le physique et le spirituel, permettant une existence de béatitude parfaite.

Ces principes démontrent la profondeur et la cohérence de la foi juive, qui offre une vision complète de Dieu, de l'humanité et du destin du monde. Ils soulignent une conception de Dieu comme une force d'amour et de vérité absolue, une réalité qui transcende les limitations physiques et les conceptions humaines simplistes.

Perspective Historique : La Vision de Maïmonide

Le grand philosophe et législateur juif du 12ème siècle, Maïmonide, a offert une perspective nuancée sur le rôle historique du christianisme et de l'islam. Dans un passage de ses écrits (Mishneh Torah, Hilchot Melachim 11:4) qui fut censuré par les censeurs chrétiens au Moyen Âge, il considérait le christianisme et l'islam comme des étapes "très utiles" pour sevrer le monde antique du paganisme et leur inculquer un sens de la moralité et de l'éthique.

"Toutes ces choses concernant Jésus de Nazareth et ce prophète des Ismaélites (Mahomet) qui est venu après lui ne servent qu'à préparer la voie pour le Roi Messie. Elles préparent le monde entier à servir Dieu d'un commun accord... Comment ? Le monde entier est déjà rempli des concepts du Messie, de la Torah et des commandements. Ces concepts se sont répandus jusqu'aux îles les plus lointaines et parmi de nombreuses nations au cœur insensible..."
- Maïmonide, Mishneh Torah (Hilchot Melachim 11:4)

Pour Maïmonide, bien que théologiquement erronées (il considérait le christianisme comme idolâtre en raison de la Trinité, et l'islam comme ayant une fausse prophétie), ces religions ont joué un rôle providentiel en sevrant le monde du paganisme et en diffusant des principes éthiques et moraux monothéistes, préparant ainsi l'humanité à la véritable rédemption messianique future.

Lois Noahides : Le Plan de Dieu pour l'Humanité

Le judaïsme enseigne que Dieu a créé tous les êtres humains à partir d'Adam et Ève (Genèse 1-3), puis de Noé (Genèse 6-9), et qu'Il a un dessein pour chacun. Alors que le peuple juif a reçu la mission d'apporter Dieu dans le monde par la Torah et ses 613 commandements, les non-Juifs ont également une mission et un chemin pour atteindre le paradis et une récompense éternelle. Ce chemin est défini par les Sept Lois Noahides.

Ces lois ne sont pas des impositions rabbiniques, mais des commandements divins destinés à toute l'humanité. Idéalement, les non-Juifs devraient connaître ces lois par tradition transmise. Cependant, au fil des siècles, cette tradition s'est parfois perdue. C'est pourquoi, comme l'explique Maïmonide (Mishneh Torah, Hilchot Melachim 8:10), il est devenu de la responsabilité du peuple juif de rappeler et d'encourager les non-Juifs à observer ces lois. Le Rabbin Dr. Yitzchok Breitowitz souligne que cela ne constitue pas du prosélytisme au judaïsme, et qu'en fait, le judaïsme décourage initialement la conversion.

Les Sept Lois Noahides

  1. Interdiction de l'idolâtrie.
  2. Interdiction du blasphème.
  3. Interdiction du meurtre.
  4. Interdiction du vol.
  5. Interdiction de l'immoralité sexuelle (y compris l'adultère et l'inceste).
  6. Interdiction de manger la chair arrachée à un animal vivant (cruauté envers les animaux).
  7. Obligation d'établir des tribunaux justes pour faire respecter la loi et rendre la justice.

La septième loi est très large et permet aux sociétés non-juives de formuler leurs propres normes, pourvu qu'elles soient justes, équitablement appliquées et respectent la dignité humaine. Cela autorise une grande flexibilité dans l'application des lois locales.

Un aspect unique du judaïsme, contrairement à la plupart des autres religions, est qu'il n'enseigne pas que le judaïsme est le seul chemin vers le salut. Un "juste parmi les nations" (c'est-à-dire un non-Juif qui observe les Sept Lois Noahides) aura une part dans le Monde à Venir (Olam HaBa) (Maïmonide, Mishneh Torah, Hilchot Melachim 8:11 et 11:12). Le mouvement Noahide, qui a pris de l'ampleur ces dernières années, est considéré par certains comme un signe de l'avènement de l'ère messianique.

Position du Judaïsme envers le Christianisme

Liel Eden, dans sa perspective juive orthodoxe, aborde la vision du judaïsme sur le christianisme avec respect, mais aussi avec une clarification ferme des divergences théologiques fondamentales. Elle souligne que cette explication n'est pas une attaque, mais une réponse aux questions fréquentes et aux tentatives de conversion.

1. La Nature de la Révélation Divine : Collective vs. Individuelle

Une différence fondamentale entre le judaïsme et le christianisme réside dans la nature de la révélation divine. Pour le judaïsme, la Torah a été reçue par une nation entière (environ 3 millions de personnes) au Mont Sinaï (Deutéronome 4:32-36). Cette révélation collective et publique est considérée comme la preuve la plus solide de son origine divine. En revanche, le christianisme et d'autres religions sont basés sur la révélation à une ou quelques personnes (comme Jésus ou Muhammad), dont le témoignage a ensuite été cru par d'autres. Liel Eden soutient qu'il est difficile de contester une expérience partagée par une nation entière et transmise de génération en génération, contrairement à une révélation individuelle qui manque de la même vérifiabilité collective.

2. Le Salut par l'Action (Mitzvot) vs. la Croyance (Foi en Jésus)

Le judaïsme enseigne que l'homme est dans ce monde pour servir Dieu et s'efforcer de devenir juste en observant les 613 commandements (Mitzvot) de la Torah. Le salut et le mérite du Monde à Venir (Olam HaBa) s'obtiennent par le labeur spirituel et les bonnes actions. Liel Eden s'oppose à la doctrine chrétienne selon laquelle la simple croyance en Jésus et en son sacrifice garantit le pardon de tous les péchés et le salut, sans nécessiter l'observance de la Torah. Pour elle, cela va à l'encontre de l'idée juive d'une relation continue avec Dieu à travers l'obéissance à Ses lois.

3. L'Immuabilité de la Torah et l'Interdiction d'Ajouter/Soustraire

Comme mentionné dans les principes fondamentaux, le judaïsme croit en la perfection et l'immuabilité de Dieu, et par extension, en l'immuabilité de la Torah. Dieu ne change pas d'avis, et Sa loi est éternelle (Deutéronome 4:2, 13:1). Liel Eden rejette l'idée d'un "Nouveau Testament" qui viendrait abroger ou modifier la Torah, y voyant une invention humaine contraire aux directives divines. Si la vérité était censée changer, elle ne serait pas "claire" et "inébranlable" comme la Torah.

4. L'Interdiction de l'Idolâtrie et la Nature de Dieu

Le judaïsme interdit formellement l'idolâtrie et l'adoration de toute image ou être humain comme Dieu (Deutéronome 4:15-16). Liel Eden affirme que la croyance chrétienne en Jésus comme Dieu incarné est une forme d'idolâtrie, car elle attribue la divinité à un être humain. Pour le judaïsme, Dieu est infini, immatériel, au-delà de toute représentation physique ou de toute limitation humaine (voir aussi les principes de foi du Rambam).

5. Non-Prosélytisme et Respect Mutuel

Le judaïsme ne cherche pas à convertir les non-Juifs. Il reconnaît que les Gentils ont leur propre chemin vers le salut à travers l'observance des Sept Lois Noahides, qui sont considérées comme le plan divin pour l'humanité non-juive. Liel Eden exprime son respect pour les chrétiens et leur foi, mais demande respectueusement de cesser les tentatives de conversion des Juifs. Elle met en garde contre la responsabilité de détourner un Juif de son but divin de servir Dieu en observant les 613 commandements de la Torah.

6. Le Messie et les Critères Non Remplis

Liel Eden réitère que le concept du Messie est enraciné dans le judaïsme et qu'il existe des signes clairs pour identifier le Machia'h. Parmi eux figurent la descendance directe du Roi David, la reconstruction du Troisième Temple, la lutte contre les guerres de Dieu, le rassemblement de tous les Juifs en Israël, l'établissement de la royauté et l'instauration d'une paix mondiale. Selon la perspective juive, Jésus n'a rempli aucun de ces critères et est décédé, ce qui le disqualifie en tant que Messie. Le judaïsme ne croit pas non plus en la "seconde venue" d'un Messie déjà apparu.

7. La Conception Juive de l'Au-delà (Gehinom et Olam HaBa)

Contrairement à la vision binaire chrétienne du paradis ou de l'enfer immédiat, le judaïsme a une conception plus nuancée de l'au-delà. Le "Gehinom" (souvent traduit par "enfer") n'est pas un lieu de damnation éternelle, mais un processus de purification de l'âme après la mort, pour la débarrasser des impuretés accumulées durant la vie. Après cette purification, l'âme peut atteindre l'"Olam HaBa" (le Monde à Venir), qui offre différents niveaux de conscience et de béatitude en fonction des actions et de la croissance spirituelle de l'individu dans ce monde. Le judaïsme insiste sur le fait que le salut et l'accès à ces niveaux supérieurs ne sont pas automatiques par la simple croyance, mais s'obtiennent par le travail, la droiture et l'observance des commandements.

En somme, la perspective juive, telle qu'exprimée par Liel Eden, se fonde sur des principes théologiques, des interprétations scripturaires et une histoire de la révélation qui diffèrent fondamentalement de ceux du christianisme. Il s'agit d'une affirmation de la cohérence interne et de la validité du judaïsme, tout en appelant au respect mutuel des différentes voies religieuses.